Coucou tout le monde,
Je vous écris depuis l’endroit le plus bizarre (enfin d apres ce que j en ai vu jusqu a aujourd hui) de Pristina, un bar en haut du parc près de la grande bibliothèque, elle même indescriptible : une architecture post stalinienne-orthodoxe, c’est-à-dire des coupoles superposées recouvertes de grillage, un ersatz de Beaubourg version militaire, (je sais il faudrait vraiment que j’achète un appareil photo). Le bar en question passe du Boney M à fond, est neuf, très vide, en bois genre terrasse d’Ibiza, lounge, un peu Buddah Bar à l’intérieur avec des canapés prunes, et on entend en fond sonore l’appel à la prière depuis un minaret non identifié. Mélange des genres plutôt agréable…La lumière de début de soirée est magnifique. Ca c’est le propre des villes de l’Est où quand le jaune rencontre le gris, ça donne une atmosphère tellement particulière (n est ce pas Eva ?). Ca me rappelle beaucoup Bucarest, j’adore ces villes, bordéliques et anachroniques, souvent surréalistes. (hum, quel lyrisme inspiré, c’est bon signe, c’est que je suis en bonne santé).
Bref, je suis donc posée là à attendre un ami suisse qui bosse a l office suisse comme par hasard, rencontré l’année dernière, et qui devrait aussi me présenter quelques volontaires des Nations Unies et potes de son bureau, ce qui me ferait quelques contacts supplémentaires ici…
Cela dit je rencontre du monde… dans la rue, samedi en allant acheter un plan de Pristina, où il n’est franchement pas facile de se repérer (je m’y perds plus après une semaine que le premier jour), j’ai rencontré un jeune qui vient du Kazaghstan, il fait ses études à Sarajevo et il est en stage au Human Rights Center, on a donc trouvé facilement de quoi se parler autour d’un café turc… c’était sympa. Les serveurs ont du mal à comprendre qu’il parle serbe, vu qu il a une tête de « japonais » pour eux, donc c’est marrant quand il leur explique pourquoi il parle serbe (sa langue natale étant le russe, et le russe étant pas très éloigné du serbe, mais enfin moi je ne parle ni l’un ni l autre, « Dobro » n est ce pas, donc ça ne m’évoque pas grand chose…).
Je précise tout de suite que je suis partie pour écrire un mail fleuve, alors ceux qui n’ont pas le temps, peut-être est-il temps de préciser que tout va très bien, les autres, vous pouvez passer au paragraphe suivant…
Tout se passe bien au boulot, aujourd’hui (enfin hier a l heure ou j envoie ce mail) je suis partie avec le Flamand, Spresim, près de la frontière macédonienne, visiter un Serbe (monitoring du droit des minorités), qui est le seul Serbe de la ville avec sa femme. Il n’a pas bougé pendant la guerre, et après s’être pris des bombes dans son salon en 1999 (pendant les NATO bombings…), il a vu sa maison détruite en 2004, par ses voisins. Bienvenue dans un monde où décidemment Candy n’a pas le droit de cité. Bon je sais je suis naïve et je crois encore aux Bisounours, mais franchement c’est quoi cette vie où tes voisins brûlent ta maison et où personne te parle dans la ville parce que t’es pas de l ethnie majoritaire. C est revoltant et parfois dur d entendre tout ca pendant les interviews, mais heureusement il y a plein d autres endroits ou ca se passe bien et ou les Serbes sont mieux integres. C’était touchant, le monsieur en question a vécu en France, à Paris, puis Rouen, il y a une trentaine d’année, malgré tout son français était plutôt potable et il a fait l’effort de me parler un peu en francais.
Ensuite nous sommes allés dans un village pas très loin interviewer des Serbes dont les maisons sont en train d’être reconstruites et qui devraient se réinstaller dedans. C est etrange de voir un village entier detruit pas une guerre qui parait deja loin. Ils sont temporairement hébergés dans un centre associatif, dans le même village et tout semble plutôt bien se passer entre les deux communautés. On peut donc voir le pire comme « le moins pire » dans un très petit périmètre. C’est très paradoxal et la réalité n’est pas uniforme : certains Serbes sont encore obligés de vivre dans des camps de la KFOR, mais d’autres peuvent se réinstaller dans un climat de dialogue normalisé... et je ne m etend pas sur toutes les autres minorites qui habitent le Kosovo...
Vendredi dernier je suis allée avec 2 collègues visiter des familles de victimes et disparus albanais dans des villages près de Prizren, juste à côté de la frontière albanaise. Cette ville est la plus jolie du Kosovo de l’avis de tous, avec une petite rivière au milieu, très bucolique, et marquée par l’époque ottomane, architecturalement, mais aussi culturellement, les gens parlent turc et les mosquées sont magnifiques.
Courte pause déjeuner, de super grillades au bord de la rivière, avant les interviews, j’avais la chance d’être avec un collègue, Besnik, pour lequel, je le cite « on ne peut travailler sans avoir mangé », car avec les autres on ne déjeune pas avant 16h et la fin du terrain. Le collègue en question est hyper macho, il rêve de Paris, où je lui ai expliqué qu’un mariage sur deux terminait en divorce, ne me demandez pas pourquoi, mais ça le fait triper (si on l’écoute, sa femme est un monstre, mais je ne le crois pas). Il a bossé pour le PAM, Coca-Cola et autres et a la carrure du super logisticien conducteur de 4/4. Il est très gentil, genre je me fait passer pour un super dur, mais en fait je suis un nounours. J’ai rencontré ses amis samedi, le boss et monsieur marketing de « Tobacco Kosovo », ce dernier étant le beau gosse de base, la trentaine avec lunettes de soleil, qui s’est proposé pour être mon coloc, mais auquel j’ai répondu que mon père ne serait pas d’accord…
Bref, toutes ces anecdotes pour en arriver aux interviews, dans des fermes d’un petit village où le temps s’est arrêté. Plusieurs personnes sont encore portées disparues, et d’autres sont mortes en 1999. C’est hyper bizarre ce que je peux penser après ces interviews : je crois que j’ai quand même un regard distant, « d’historienne » sur les événements, un regard non partisan, ça c’est clair, surtout vu l’ambiance multi ethnique dans laquelle je travaille. Cela dit, quand je vois ces familles, je me dis qu’il faut vraiment que la justice fasse son boulot, quitte à ce que les criminels n’en prennent pas pour perpétuité, ce n’est pas l’objet, mais à ce qu’ils soient au moins reconnus comme tels. C’est affolant le climat d’impunité qui règne ici, d’autant que les « perpetrators » en question ont souvent quitté le Kosovo. J’ai tendance à penser qu’il faut quand même désigner des responsables, autres que Milosevic and Co à la Haye et ça me révolte un peu de recenser les victimes sans débouchés plus concrets. Pourtant, en soi, le boulot que fait l’ONG est utile : il s’agit de recenser l’ensemble des victimes du conflit, y compris militaires, car personne n’a de chiffre clair. Ils font donc une enquête minutieuse à travers tout le Kososo, pour publier un livre dressant le bilan humain de la guerre. Historiquement, ce serait précieux d’avoir un tel outil.
En tout cas, ce qui est intéressant en bossant pour cette ONG , c’est que ça me permet de voir toutes sortes de réalités, du point de vue de familles appartenant à des ethnies différentes et ayant chacune des problèmes particuliers. Cela permet d’avoir une vision assez complète et non biaisée de la situation. Le professionnalisme des gens de l’ONG et leur rigueur est remarquable, la plupart bossent même le dimanche… Ca tranche avec l’apathie générale du Kosovo (taux de chômage crevant le plafond et forte tendance à une déresponsabilisation collective pour s’en remettre à la communauté internationale).
Quant à mon week-end, ponctué de coupures d’électricité, « disjonctage » de mon ballon d’eau chaude (donc de douches froides), c’était plutôt sympa. Je suis allée à la piscine discothèque de jour (genre de la musique pourrie à fond, couvrant toute la piscine surdimensionnée), placée au milieu d’un parc naturel. J’avais demandé à mes collègue de m’indiquer une piscine, je pensais donc me retrouver dans un endroit plutôt classique avec vestiaires, etc, où l’on peut nager. Finalement, j’étais la seule de la piscine en maillot une pièce, les autres étaient venus pour bronzer, et je n’ai pas pu me baigner car j’avais mon sac avec mes sous, mon passeport, et mon portable et il n’y avait pas de vestiaires, ni 10 potes à qui confier mon précieux sac de mini expat’ qui trimballe sa vie sur son dos. Donc j’ai observé l’ambiance en bronzant dans mon une pièce, qui pouvait même passer pour du Laure Manaudou vintage, mais c’était cool quand même.
Voilou, c’est à peu près tout, et c’est déjà pas mal, ceux aui n ene peuvent plus peuvent quitter la liste de diifusion en cliquqnt sur le lein ci dessous, je révise mon italien et mon anglais en regardant des séries TV, sous titrées en albanais, ça m’aide aussi pour apprendre, je commence à manager l’éclairage de la cage d’escalier grâce à mon téléphone portable, comme tous mes voisins, car il n’y a pas de lumière dans les parties communes, et of course, last but not least, je me réjouis de voir des drapeaux de l’Union Européenne partout (même si les préférés au Kosovo, ce sont quand même les Américains, Clinton en tête), donc si l’UE est là, tout va bien !
Allez, « Tung » (salut), je vous embrasse fort où que vous soyez !
Perrine
Bonjour et bienvenue sur le blog de mes expat'


